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… Les accélérateurs du temps …

Une chronique de Daniel Meurois

Comme tout un chacun, par nécessité ou par simple plaisir, il m’arrive de magasiner – comme on dit chez moi – dans les grandes surfaces. Avez-vous jamais remarqué à quel point on y découvre, en marge de la nature mais de façon aussi flagrante, la marque des changements de saisons. C’était le 3 Juillet dernier…

J’avais le soleil et un bord de mer en tête, l’humeur estivale ainsi que beaucoup d’entre vous, sans doute. Au détour d’un rayon, cependant, là où auraient dû se trouver empilées les serviettes de plage, mon regard a accroché d’un coup un amoncellement d’un tout autre genre… Une pile de boîtes, très attrayantes, contenant des guirlandes électriques pour Noël, puis une autre, pleine de boules scintillantes à suspendre dans les sapins  » Offre promotionnelle « . J’ai cru rêver ! Mais non… Dix mètres plus loin, c’était des cartables pour la rentrée de nos chérubins et, au rayon voisin, un beau choix de moufles en vue des grands froids. J’ai aussitôt pensé à la fameuse galette des rois de l’Épiphanie qu’Outre-Atlantique on trouve maintenant un peu partout à compter du 15 octobre… Il paraît que cette tendance générale à devancer les saisons, ou plutôt à courir au grand galop loin devant elles, cela s’appelle « bien gérer les affaires ».

Peut-être que c’est vrai… Sûrement, d’ailleurs, puisque nos grands décideurs en marketing le font ! Il n’empêche que tous ces symptômes de ce qui est réputé être de la bonne gestion sont ce que j’appelle des accélérateurs du temps. Accélérer le temps ! C’est étrange, n’est-ce pas ? Est-ce possible?

Eh bien, je crois que oui… Je crois que le temps est malléable et qu’on peut lui donner la couleur de notre âme. Question de choix – ou plutôt d’option – pour parler de façon plus actuelle et surtout plus commerciale. Manifestement, certaines personnes, peu nombreuses mais en tout cas très efficaces, ont coché pour nous la case « vitesse ». Elles ont décidé de nous propulser en avant…

Et nous avons dit oui ! Nous ne cessons de le dire… Pour avoir plus, pour avoir mieux, surtout pour ne pas s’avoir soi-même, pour moins s’appartenir. Quand le sprint est continuel, on pense moins, n’est-il pas vrai ? Alors, où allons-nous ainsi d’un seul élan ? Au risque de paraître rabat-joie, je dirais que nous risquons d’aller vers un énorme trou. Les rayons d’un supermarché ne sont, bien sûr, qu’un petit détail. A eux cependant, vient s’ajouter une foule d’autres pathologies de notre époque.

En voulez-vous quelques petits exemples? Les sigles qui raccourcissent les mots soudainement trop longs à prononcer, les panneaux indicateurs qui condensent tout, comme des robots: « Attention marche », « Interdit tourner gauche » … N’avez-vous jamais remarqué ?

Et puis, il y a les fameux SMS ou « textos » de nos téléphones cellulaires sans lesquels on ne pourrait plus vivre, semble-t-il, et qui ont leurs propres abréviations pour initiés. Inutile de parler évidemment des courriers électroniques… dont on attend toujours une réponse quasi immédiate !

Serais-je rétrograde ? Je ne le pense pas car, comme vous, je me réjouis lorsque quelque chose de nouveau et de dynamique voit le jour. Il n’est pas question de revenir au tam-tam ni à l’âge des charrettes à chevaux ou de la malle-poste !

Je me dis seulement que, quand on prend un virage à toute vitesse, il faut faire attention à ne pas déraper. Nous l’avons tous appris à nos dépends lorsque, encore enfants, nous faisions l’apprentissage de la bicyclette. Le problème, c’est que notre présent dérapage d’adultes risque d’être beaucoup plus sérieux. Bien sûr, il faut tout expérimenter… mais je crains qu’au centre de la spirale du temps aujourd’hui accélérée, le trou qui se dessine ne devienne un gouffre au fond de notre cœur. De performances en rentabilités exigées, il me paraît évident que l’on en est venu à oublier l’essentiel : Ce pour quoi nous sommes là, sur cette Terre.

En ce qui me concerne, j’ai toujours cru que le fait d’avoir une âme et de la faire grandir tenait davantage de la vision du coureur de fond que du défi du pilote de Formule 1. Je sais, il y en a qui disent que l’âme n’existe pas, qu’elle est une image, un symbole. Je ne peux pas leur prouver le contraire… mais je veux bien ouvrir un pari dans ce domaine : Je ne suis pas pressé et je n’aurai pas à me battre pour que l’évidence de sa réalité éclate… C’est le temps qui travaille à ma place !

Daniel Meurois
www.danielmeurois.com

Source :  https://aucoeurdelunicite.com

 

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